Le sens de l’AVENT

Osez l’espérance

Conférence-partage de Serge Kerrien
jeudi 19 décembre 2013
par  Yves Garnier
popularité : 6%

Depuis la mise en place de l’année liturgique, telle que nous la connaissons aujourd’hui, l’Avent est propre aux liturgies d’occident. C’est un temps liturgique qui apparaît aux 4e et 5e siècles en Gaule et en Espagne. Il sera introduit au calendrier romain au 6e siècle. Initialement, c’est un temps de jeûne qui prépare Noël, un peu comme le Carême prépare Pâques. Rapidement il va prendre une autre coloration : un temps où l’on appréhende autrement l’histoire dans son rapport à Dieu et au salut.
La spiritualité de l’Avent.
D’un temps qui préparait à l’Epiphanie et à Noël, on est passé peu à peu à un temps qui porte sa signification propre. « Avent », du latin « Adventus » désignait la fête païenne du dieu venant dans son temple, puis l’anniversaire de l’avènement de l’empereur. Dans le culte chrétien, l’Avent désigne l’Avènement du Seigneur. Mais quel avènement ?

 L’Avent ou avènement du Seigneur à la fin des temps

Si l’on regarde les textes liturgiques, du 17 au 24 décembre, c’est la naissance du Seigneur qui est attendue ; mais, du 1er dimanche au 17 décembre, c’est autre chose : la manifestation glorieuse du Seigneur à la fin des temps, et l’espérance de cet évènement. L’Avent réveille chez les chrétiens la vertu de l’espérance.

Si l’on regarde de près les textes, c’est évident et un des leitmotivs de l’Avent c’est « Viens Seigneur, viens nous sauver », non pas dans la crèche à Noël, mais quand il viendra à la fin des temps.

La liturgie nous propose 3 modèles d’attente. Isaïe, Jean-Baptiste et Marie. Tous trois sont des modèles de vigilance, prêts à accueillir celui qui vient. Mais leur attente est plus large puisqu’elle est relue chaque année, dans une actualité propre, qui concerne tout l’univers. Donc on ne mime pas l’attente de la nativité : on relit le temps de Dieu dans celui des hommes, et donc la finalité de l’histoire dont tout fragment devient, dans l’histoire du salut, révélation parce qu’il contient en promesse, en germe, le salut de la Nouvelle Alliance. Et l’écoute d’une Parole, au cœur de la liturgie, nous replonge dans le dessein de Dieu pour l’humanité, le dessein d’un Dieu déjà présent parmi les siens qui les met en attitude de veilleurs pour sa venue dans la gloire.

 Célébrer l’Avent, c’est entrer dans l’espérance, celle de Dieu pour nous

Célébrer l’Avent, c’est communier au projet de Dieu sur le monde, avec la joie et la vigilance de ceux qui espèrent. C’est entrer dans l’espérance, mais pas dans la nôtre, dans celle de Dieu pour nous ; c’est déposer nos soucis pour prendre part au souci de Dieu.

Seigneur tout-puissant et miséricordieux, Ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils ; mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie. (Oraison du 2e dimanche)
Car il est déjà venu, en prenant la condition des hommes, pour accomplir l’éternel dessein de ton amour et nous ouvrir le chemin du salut ; il viendra de nouveau, revêtu de sa gloire, afin que nous possédions dans la pleine lumière les biens que tu nous as promis, et que nous attendons en veillant dans la foi. (Préface de l’Avent).

 Les chrétiens proclament une espérance, un salut dont le nom est Jésus

En se rassemblant pendant l’Avent, les chrétiens proclament une espérance, un sens à l’histoire, un salut dont le nom est Jésus. Ils font mémoire du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne.

Par ailleurs, mais en complémentarité, l’Avent est préparation à Noël parce qu’il dispose tout homme à reconnaître le Christ venant dans le monde. La naissance de Jésus trouve sa place au cœur d’une humanité nouvelle capable d’accueillir Celui qui vient, d’une humanité qui abaisse les montagnes et aplanit les chemins, qui peut exorciser ses peurs de chaos final, sachant que la dernière parole de Dieu sera une parole de grâce et de salut.

 Le chrétien, un être d’espérance ?

Nous avons dit que le temps de l’Avent est ce temps qui invite le chrétien à être un être d’espérance. De quoi s’agit-il ?

Quand je dis : « j’espère être à l’heure…. J’espère qu’il aura son bac… J’espère que la guerre va cessée… J’espère guérir… J’espère qu’il a compris… J’espère que Dieu m’entend… J’espère en toi, mon Dieu ». Un même mot pour des réalités bien différentes.
Un même mot, j’espère… qui dit combien l’homme n’est pas un être comblé, qu’il souhaite avoir, vivre, aimer, qu’il est en recherche de ce qui pourrait le combler. Il est un être de désir et, quand il ne peut accéder à son désir, alors naît l’espérance grâce à laquelle nous restons en mouvement, tendus vers un avenir, grâce à laquelle nous continuons de désirer. Mais cette espérance n’est pas la même en fonction de ce que l’on désire. Alors, à quelle espérance la foi chrétienne nous invite-t-elle ? Elle nous invite à espérer ce sans quoi l’homme ne peut pas être un homme, à espérer Celui en qui l’homme peut vraiment trouver sa liberté et son bonheur, c’est-à-dire Dieu dont le Christ est le visage. Plus le désir chrétien a quelque chose à voir avec l’essentiel de la vie, avec Dieu et son amour, plus on est au cœur de l’espérance chrétienne. Parce que l’espérance chrétienne est fondamentalement une relation d’amour, puisque c’est l’amour qui libère et qui fait vivre.
Cette relation d’amour trouve sa source en Dieu pour qu’elle puisse s’établir pleinement avec les autres comme l’offrande de soi-même. En aimant Dieu, le chrétien trouve sa source de l’espérance ; en aimant les autres il leur donne d’espérer. Le temps de l’Avent nous est donné pour aller à la source de l’espérance, pour aller à Dieu. Mais comment ?

 Jésus nous ouvre le chemin d’espérance

Tout commence par une étoile, une étoile qui se lève dans la nuit et indique la route. Ce n’est pas une quelconque étoile ; cette étoile c’est le Christ lui-même.
C’est lui qui s’est levé sur notre humanité pour nous proposer une parole et un chemin d’amour, parce que seul l’amour rend libre. Et cette liberté lui fera aller jusqu’au bout de l’amour, donnant sa vie dans un acte fou d’espérance. Il faut ici entendre le psaume 21 dont Jésus dit les premiers mots sur la Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Ce qu’on oublie, c’est la 2e partie du psaume : « Mais tu m’as entendu et je te loue dans la grande assemblée ».
Alors que tout semble perdu, le Christ dit son espérance et sa confiance en Dieu. La Croix n’est pas qu’un signe de mort ; elle est signe d’espérance. A Noël tout est dit : le ciel s’ouvre ; Dieu nous est accessible ; l’enfant est posé dans une mangeoire ; Dieu nous donne sa vie.
Cependant, l’enfant de la crèche ne nous fait pas regarder vers le passé. Il ouvre un avenir. Aujourd’hui, l’Avent ne nous prépare pas à revivre un évènement du passé. L’Avent nous invite à nous tourner vers le futur, vers la venue du Christ dans la gloire. Cette venue du Christ fait de l’Avent un temps de la joie ; le chrétien ne craint pas cette venue du Christ parce qu’il reconnaît dans ce juge, celui qui invite au pardon et à l’amour. Nous n’avons rien à craindre ; nous avons tout à espérer.

 L’espérance donne un sens au temps présent

Mais vous voyez le risque. Faire de l’espérance le désir d’un futur de manière à oublier le présent, ou faire de l’Avent un temps de préparation à un anniversaire. L’espérance est à la fois « passé » et « futur » et l’Avent est ce temps où « hier et « demain » se rencontrent pour un aujourd’hui de l’espérance. Un aujourd’hui qui nous invite à comprendre le sens du temps et de l’histoire, à entrer dans l’espérance que nourrit une conviction : le Seigneur est présent dans le parcours de notre vie, il nous accompagne chaque jour et, un jour, tout trouvera son accomplissement dans le Royaume de Dieu, Royaume de justice et de paix. Cela ne nous dédouane pourtant pas du présent parce que, si notre présent n’est pas rempli de sens, l’attente et l’espérance deviennent insupportables. Si notre présent est vide, l’espérance est trop lourde parce que nous n’avons plus le sens de notre vie.
Nous avons donc à charger ce temps de sens. Mais comment ?

  • En retrouvant le sens d’un amour totalement donné dont Noël est le signe. Ceci nous renvoie à la fois à notre relation à Dieu et à notre relation aux autres. Dieu ouvre en nous une porte pour qu’à notre tour nous puissions ouvrir des portes chez les autres.
  • En nous centrant sur le Christ, pour l’écouter dans le silence intérieur et lui porter, dans la prière, le bruit d’un monde trop souvent désespéré.
  • En vivant les évènements de l’Eglise comme une invitation à l’humilité et à l’espérance.
  • En prenant le temps de faire des choix dans nos vies, surtout des choix de rencontre, à l’image de Dieu qui, par le Christ, vient à la rencontre de l’humanité.
  • En tendant la main à ceux dont l’espérance est morte parce que tout espoir a déserté leur vie. Et toujours à l’image du Christ.

Mais tout cela nous ne pourrons le faire que si, d’abord, nous avons posé nos regards sur Dieu et déposé nos vies en Lui. Sinon, nous ne serons que des briques creuses et pétrifiées incapables de construire l’Espérance c’est-à-dire le Royaume que Dieu annonce à Noël, Royaume de paix et de joie.
Malgré tout, le chrétien se réjouit pendant l’Avent, non pas d’une joie béate mais d’une joie pleine de l’amour d’un Dieu qui nous entraîne à sa divinité puisqu’il a pris, à Noël, notre humanité. En fait, ce n’est pas nous qui l’attendons ; c’est Lui qui nous attend. Alors, réjouissons-nous.

  • L’espérance chrétienne nous indique que la vie est devant, c’est une espérance active. Espérer, c’est donc adhérer à cette vie devant, sans nostalgie d’un âge d’or qui n’a jamais existé. C’est une dynamique vitale qui entraîne, non seulement le chrétien, mais le monde où il vit. C’est une attitude prophétique et souvent, à cause de cela, elle dérange.
  • La foi est un pari sur l’avenir, un pari sur la fidélité et la persistance de l’amour. Le manque d’espérance m’empêche de croire pleinement, de faire totalement confiance à Dieu et aux autres ; il m’empêche d’aimer totalement Dieu et les autres puisqu’il m’enferme dans une frilosité peureuse.
  • « L’espérance répond à l’aspiration au bonheur placée par Dieu dans le cœur de tout homme ; elle assume les espoirs qu’inspirent les activités des hommes, elle les purifie pour les ordonner au Royaume des cieux ; elle protège du découragement ; elle soutient en tout délaissement ; elle dilate le cœur dans l’attente de la béatitude éternelle. L’élan de l’espérance préserve de l’égoïsme et conduit au bonheur de la charité » (C. E. C. 1818).
  • Enfin, l’Espérance fait vivre au chrétien le mystère pascal du Christ, mystère de vie, de foi et d’amour. La Croix est un signe de vie. La planter au cœur du monde, c’est ouvrir à l’espérance de la vie, de la grâce et du salut.

Un chant nous le rappelle :
« Par la croix du Fils de Dieu…
Fais paraître ton jour et le temps de ta grâce,
Fais paraître ton jour que l’homme soit sauvé.

« Viens, Seigneur Jésus » est l’avant dernier verset de l’Apocalypse.
Comme une invitation à la joie, à l’espérance et à l’amour qui transforment le cœur et l’être de ceux qui attendent.

Serge Kerrien


Bandeau Bulletin
image Jésus
Logo Synode
Bannière denier
Bannière RCF
Facebook

Facebook

Agenda

<<

2017

 

<<

Avril

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
272829303112
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois